19.11.2009
Lettre ouverte
Jean-Paul SAINT-MARC Le 13 novembre 2009
Ancien professeur au Lycée les Iris – Lormont
Lettre ouverte à M. le Recteur de l'académie de Bordeaux
Monsieur le Recteur, dans une lettre recommandée du 25 mai 2009, je vous demandais votre arbitrage dans un différend règlementaire m'opposant au proviseur de mon lycée. N'ayant pas eu l'heur d'une réponse, convient-il de conclure à l’absence d’arguments qui me soient opposables ? En effet, la nature du différend est telle qu’elle signifie une irrémédiable rupture du lien de confiance entre sa hiérarchie et le professeur, et réciproquement.
Pour rappel des faits tels que je vous les ai détaillés : "Le portable de l’élève a émis un son qui n’était pas dû à un appel et à l’oubli de couper le fonctionnement de celui-ci, mais à la manipulation de l’élève avec l’intention de troubler le cours. Le repérage a été instantané, l’élève faisant passer son portable « noir » d’une poche de son blouson « blanc » vers le dessous de la table. J’ai donc exigé la remise de l’appareil, saisi suite à plusieurs injonctions avec l’intention décrite ci-dessus. Les 20 minutes qui ont suivies ont été émaillées de remarques et d’interventions inappropriées au cours et un concert de sons curieux et de mots inintelligibles d’élèves ventriloques. La solidarité et le jeu ont des limites qui ont été largement dépassées ici.
A la fin du cours, l’élève fautif est venu réclamer son portable avec le soutien de deux de ses camarades. Après plusieurs refus, après que l’élève responsable ait eu l’autorisation d’éteindre son portable, les élèves ont déclaré se rendre chez le proviseur, sûrs d’être écoutés. Sur le départ, l’élève perturbateur a laissé entendre qu’il y avait quelque chose de raciste, et devant un « pardon ? » fortement interrogatif, s’est rétracté !
Trente minutes plus tard, me rendant chez le proviseur, je n’ai pas été surpris de croiser les élèves qui en sortaient. Ils arboraient un sourire de victoire, puisque sans m’avoir consulté sur les faits, le proviseur avait décidé de ne pas sanctionner le perturbateur, au prétexte, je me permets de le rappeler, que tous les élèves s’opposant au professeur, ce dernier avait nécessairement tort.
En conséquence, surpris et décontenancé par la position de M. le proviseur, j’ai été réduit à attribuer une punition scolaire à l’élève initiateur du trouble, au motif de l’usage intempestif du téléphone, avec l’obligation de réaliser cette punition pour le 26 mai pour être accepté en cours."
Au-delà du conflit interne à un établissement, les faits et l'attitude de l'administration de l'Éducation nationale qui en résulte ont de quoi soulever des questions et de susciter des remarques.
En dépassant l'aspect de la juridiction administrative, il s'agissait d'une lettre d'un professeur qui a été plus que déstabilisé et qui vous l'a formulé ainsi : " Je considère que la position de M. le proviseur contribue à me mettre en difficulté face à la classe. Mais pas uniquement cela, je suis aussi mis en danger tant sur le plan moral que physique. En effet, le professeur que je suis a dépassé l’âge l’autorisant à demander la retraite et sa résilience à l’effet du stress de tels évènements est amoindrie". Outre la forte amertume que suscite chez le professeur l'insensibilité de sa hiérarchie, cette surdité n'est pas sans rappeler les déclarations des plus hautes instances de l'E.N., à chaque fois que survient un évènement grave dans des établissements de telle ou telle académie. On feint alors l'ignorance, on affirme qu'aucune information n'est remontée permettant de considérer que l'établissement en question est autre chose qu'un "établissement tranquille", et on déclare que l'évènement était imprévisible. L'émotion qui semble alors toucher la classe responsable confine à l'incongruité.
Si par chance, l'académie de Bordeaux a été épargnée jusqu'à ce jour, bien des situations approchent chaque année le point de rupture…
Pour qui suit l'actualité de l'EN, force est de conclure que la surdité interne est un principe fondamental de gestion du système dont j’expose ici un des aspects. Pour revenir à l'aspect juridique des suites que j'aurais pu engager au tribunal administratif, outre que la procédure en est toujours aléatoire, ce que l'administration sait, elle s'inscrit généralement dans la discrétion recherchée et n'a le plus souvent que peu de conséquences visibles ce dont l'administration s'accommode fort bien… Je n'aborde même pas l'obligation de réserve du fonctionnaire tant elle suppose en retour la considération de son administration qui est ici hors sujet !
Pour revenir aux faits et à la position prise par le chef d'établissement, alors que le règlement intérieur indique une interdiction formelle du portable en cours, il y a là une démonstration faite aux élèves que les règles énoncées peuvent être contournées. Quand on sait que pour se targuer d'être un modèle l'E.N. rajoute le qualificatif "citoyenne" à éducation, là on aboutit à la tartufferie la plus schizophrène…
Comme je l’ai précisé, "les élèves ont déclaré se rendre chez le proviseur, sûrs d’être écoutés" révèle qu’il s’agit d’un fonctionnement devenu coutumier, et se trouve là l'expression stricto-sensu des décrets de juillet 2000 sur le règlement intérieur des "Établissements Publics Locaux d'Enseignement". D'un esprit déjà suspicieux à l'encontre des enseignants et personnels de l'E.N. desquels il faut protéger l'élève, le zèle particulier du clientélisme désormais installé (et subrepticement introduit dans la notion de mérite) au sein de l'E.N., en fait des employés qui doivent complaire à des "clients" ! Là aussi, on n'est pas à une contradiction près quand les instances de l'E.N. déplorent le consumérisme des familles !
Reste à l'E.N., à sa hiérarchie et aux divers ministres de l'E.N. d'assumer véritablement leurs responsabilités, ce dont ils s'exonèrent en permanence… Autant ceux-ci se gargarisent des apports de l'éducation au fonctionnement de la société et à l'intégration de la jeunesse, ce qui me paraît de moins en moins juste, autant ils se taisent lorsque des évènements liés à l'anti-éducation dispensée au sein de l'École viennent faire l'objet de la rubrique des faits divers et délits. Depuis la rentrée, par deux fois au moins, Sud-ouest s'est fait l'écho d'un délit de fuite lors d'un contrôle policier de deux roues… En effet, à l'École on apprend que l'on peut passer outre le règlement, qu'il suffit de se récriminer, de s'organiser en clan pour imposer "sa" loi, pourquoi cela n’en serait-il pas de même dans la "vraie" vie ? Le premier et ses suites relatés dans SO les 8/9 et 10 septembre ont eu lieu à Lormont. Commune aux quartiers sensibles, cela aurait pu dégénérer sans le sang-froid des policiers… Le second dans SO du 29 octobre, encore un délit de fuite, ici d'un jeune majeur à Pessac. Après une course poursuite, il a été touché par la voiture de police, mais sans gravité… Ouf ! Enfin, là on ne voit pas l'E.N. revendiquer sa "réussite" comme elle le fait à chaque étalage d'éducation "citoyenne" et bien-pensante pourvoyant au spectacle lénifiant et mystificateur qu'il convient d'exposer à l'opinion publique…
Le tableau n'est pas complet si on ne rappelle pas le contexte de l'orientation sociale donnée au fonctionnement de l'E.N. Désormais la référence est l'élève en difficultés, celui à qui on n'a de cesse de dire qu'il est victime de la société, lui appliquant une pédagogie de commisération le plaquant ainsi dos à ses origines sociales, quitte même à entrainer dans le déclassement une partie des catégories ayant bénéficié par le passé de l’ascenseur social républicain… Comment peut-on alors penser qu'il ait encore envie de s'intégrer dans la société ? En fait les seuls gagnants, comme d'habitude, sont ceux qui affichent le "beau rôle" qui conforte l'indigent dans sa situation.
Quel est le bilan de cette politique assénée à l'enseignement public (dans l'académie pour le moins) ? Il est des évaluations difficiles à contester malgré les résultats aux examens largement "dopés", des comparaisons faites sur des calculs tenant compte des catégories sociales et déterminés par le M.E.N. lui-même… Ainsi en Gironde, le classement de l'Express en 2008 de 38 lycées, 27 publics et 11 privés, voit dans les 10 premiers seulement 4 établissements publics alors qu'ils sont les plus nombreux… Les deux lycées les plus prestigieux de Bordeaux se retrouvent 10ème (Eiffel) et 14ème (Montaigne). Le sens de cette lecture se retrouve chez "L'Étudiant" et d’autres médias, autrement dit elle est générale. En quelques années, le public, à qui on impose des règles de fonctionnement aberrantes, a chuté face au privé de façon dramatique…
Monsieur le Recteur, on prétend actuellement rechercher plus d'efficacité dans la fonction publique… En réalité, cette politique appliquée à l'E.N. n'a d'autre finalité que de développer des apparences. Elle montre qu'elle n'a cure, outre de sa réelle efficacité sur le plan social, des personnels qu'elle expose à toutes les vicissitudes même s'ils en subissent de forts préjudices. En somme, tenter de répondre à mon courrier aurait été reconnaître les défaillances d’un système dans lequel vous assumez des fonctions importantes.
En conclusion, nous sommes sur la "bonne" voie, celle d'un objectif de 10% à 20% de la population instruite nécessaire pour assurer le fonctionnement de la société que l’on installe. Quant au reste, dont l’acculturation programmée le prive des savoirs permettant de comprendre et de participer à la gestion le monde, il sera cantonné au "tittytainment", ce qu'explique si bien Jean-Claude Michéa dans "L'enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes"…
Veillez agréer, Monsieur le Recteur, mes respectueuses salutations.
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Jean-Paul SAINT-MARC
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28.10.2009
n°1316 - FIN DE CYCLE.
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Les intentions du gouvernement, hélas, s’avèrent parfaitement claires : les suppressions de postes se poursuivront. Ne serait-ce que parce que l’Education Nationale, à elle seule, représente la moitié de la fonction publique … Mais, – et nous le disons depuis le début –, cette seule obsession ne sufft pas, tant s’en faut, à faire une politique. En l’absence de nouvelles orientations, elle fInira même par conduire à la catastrophe. Car enfn, est-il bien raisonnable, alors que tous les indicateurs sont au rouge, tant en ce qui concerne les comparaisons internationales que les statistiques relatives à la violence ou àl’illettrisme, d’en référer éternellement aux mêmes dogmes archaïques et à l’éternelle "pensée unique" ? Qui peut donc croire encore, sinon par affectation, que les seules procédures de "remédiation" ou la seule amélioration de l’information en matière d’orientation suffIront à endiguer la chute vertigineuse de la valeur des diplômes, à commencer par le baccalauréat, ou à fournir des débouchés à ceux qui ne disposeront, au bout de longues années d’études, d’aucune véritable formation qualifante ? En vérité, puisquela même politiquese déploie sans discontinuer depuis plusieurs décennies, puisque, après avoir opéré la nécessaire " massifcation" du système sans réussir sa démocratisation, elle conduit clairement à une impasse,il est aujourd’hui nécessaire et urgent d’en changer. C’est très exactement ce qu’a demandé à Luc CHATEL, la délégation de la CSEN reçue en audience le 26 août. Serons-nous entendus ? Rien n’est moins sûr, si l’on sait la multitude des déceptions dont nous ont gratifés les gouvernements successifs, depuis plusieurs années … Rien n’est moins sûr, mais le pire, lui-même n’est pas toujours sûr et l’espoir fait vivre. Quelques éléments clefs ne manqueront pas de servir de test. Tout d’abord, puisque le rapport DESCOINGS n’esquive pas la question des élèves qui entrent en seconde sans disposer des connaissances requises pour y suivre, il est clair que l’absence d’annonce d’une réforme à venir du premier cycle montrerait que l’on en est toujours à célébrer les vertus du "bon" vieux collège unique. Ensuite, si l’on en restait aux seules mesures de soutien pour endiguer le fot sans cesse accru de l’échec scolaire, nous serions amenés à penser que les discours doucereux des "diseurs de bonne aventure" sont toujours écoutés d’une oreille favorable. Après avoir subi une baisse continue de leur pouvoir d’achat depuis vingt ans, après s’être vus dépouillés de presque toutes leurs prérogatives en matière d’orientation et des menaces persistantes sur leurs statuts, les professeurs n’acceptent plus qu’on les désigne à la vindicte populaire ou qu’on les sacrifIe sur l’autel de la démagogie ou des économies budgétaires. L’Ecole Républicaine ne se marchande pas. Ses valeurs ne survivraient pas à la remise en cause du savoir ni à une nouvelle dégradation de la condition de ses maîtres. Si le gouvernement ne comprenait pas que les événements passés augurent la fIn d’un cycle, il priverait la Nation de son Institution la plus précieuse : celle qui, envers et contre tout, en assure encore la cohésion et l’unité. A Dieu ne plaise ! ...
Bernard KUNTZ – le 27 août 2009 |
10:38 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.10.2009
Communiqué de presse du SNALC-CSEN (FGAF) du 13 octobre 2009 suivi de l'analyse de Bordeaux suite au Bureau Académique :

Le SNALC-CSEN considère que les mesures annoncées ce jour par Nicolas Sarkozy, à propos du lycée, si elles traduisent un retour au bon sens, ne constituent ni une rupture ni une nouveauté par rapport à la politique scolaire depuis 1989
Si le SNALC-CSEN ne peut que se féliciter de la volonté de revaloriser la voie technologique, il s’interroge en revanche, sur l’absence de toute allusion à la voie professionnelle. Dans le même esprit, le SNALC-CSEN constate que la référence à l’augmentation des exigences en S a été gommée pour laisser place à la transformation de la seule filière L. Même si l’ouverture à l’international par le biais des langues vivantes et du droit, ne manque pas d’intérêt, le SNALC-CSEN fait remarquer qu’une vraie promotion des langues anciennes (latin et grec) pourrait utilement contribuer à refaire des études littéraires une voie d’excellence.
Concernant le dispositif « d’accompagnement personnalisé » le SNALC-CSEN craint que ces nouvelles mesures ne se mettent en place au détriment de l’aide individualisée ou des horaires disciplinaires.
Le SNALC-CSEN met sérieusement en doute, par ailleurs, l’idée qu’un simple dispositif ponctuel de remise à niveau puisse suffire à combler les lacunes accumulées par de nombreux élèves depuis des années voire depuis l’école primaire.
Le SNALC-CSEN constate qu’une fois de plus, l’orientation n’est abordée que par le biais de l’information et du projet personnel de l’élève sans référence au niveau de connaissance.
Le SNALC-CSEN rappelle pour finir que dans le cadre des suppressions de poste, seule une profonde réforme du 1er cycle du secondaire (de la 6ème à la 3ème) permettrait de résoudre le problème de l’arrivée massive en classe de 2de, d’élèves incapables d’y suivre les enseignements dispensés.
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Il y a certainement de bonnes choses dans ce qui a été annoncé ; on espère qu’il ne s’agit pas seulement d’annonces, et que le budget suivra : si on veut revaloriser les langues en section littéraire, il faut des heures d’enseignement, et pas seulement de vagues heures de soutien.
De même, l’abandon du projet qui détruisait, en fait, le rythme annuel et le groupe classe est une excellente chose.
Enfin, la revalorisation des autres sections que la section S est une bonne chose. Elle ne peut s’obtenir que s’il y a un avenir, en clair, s’il y a des classes préparatoires commerciales, ou d’ingénieur en nombre suffisant pour les ES, STG, STI. On jugera cette réforme au nombre effectif de créations de CPGE. Si cela reste une mesure purement verbale, on n’arrivera pas à empêcher que la section S reste la voie principale, et les autres des voies secondaires, sinon des voies de garage.
Des affirmations contradictoires
Mais il y a aussi dans la prose de M. Descoings[1], lisible sur le site du MEN, http://www.education.gouv.fr/cid49210/vers-un-nouveau-lycee-en-2010.html# des affirmations extrêmement étranges. D’abord à propos du redoublement, on lit ces lignes :
« À l’issue de la classe de seconde, près d’un élève sur cinq ne passe pas en classe de première : ils redoublent, sont réorientés ou quittent le lycée. Les lycéens sont privés de la seconde chance à laquelle ils doivent pouvoir prétendre. »
Mais qu’est-ce que c’est que le redoublement, sinon une seconde chance ? Si pour M. Descoings, la seconde chance, c’est de passer dans la classe supérieure sans avoir le niveau pour la suivre, au SNALC, nous ne sommes pas d’accord.
On lit aussi : « Aujourd’hui l’orientation est trop élitiste Il existe un grand déséquilibre entre les séries : 50 % des élèves de la voie générale choisissent la série scientifique (S) parce qu’elle offre un large accès à l’enseignement supérieur. » Exemple typique de confusion mentale. La fin de la phrase est vraie, mais pas le début. Cinquante pour cent, ce n’est pas de l’élitisme. Il suffit d’avoir assisté à un conseil de classe de fin de seconde pour s’apercevoir que presque tous les élèves qui souhaitent faire Sobtiennent cette section. Aujourd’hui, il y a dans notre lycée (Barthou, à Pau) 6 Terminales S pour 12 Terminales générales; il y a une vingtaine d’années, il y avait 3 Terminales C pour 16 Terminales générales ! En vérité la section S est de moins en moins élitiste.
Il serait plus honnête d’écrire : les redoublants coûtent cher au contribuable ; quoi qu’ils fassent, ils passeront dans la classe supérieure.
Descoings écrit encore : « Paradoxalement, certaines formations scientifiques du supérieur connaissent des problèmes de recrutement. » La phrase est vraie, mais pas l’adverbe : c’est justement parce que beaucoup d’élèves d’S ne sont pas scientifiques qu’il y a ces problèmes de recrutement !!!
Le danger du prétendu « droit à l’erreur »
On nous promet « Demain : Une orientation progressive et réversible Dédramatiser l’orientation grâce à des corrections de trajectoire possibles aux moments clés de la scolarité. »
La France est déjà le pays qui a l’orientation la plus tardive. Si on retarde encore la date, qu’obtiendra-t-on ? Rien, sinon la prolongation éternelle de la paresse infantile. Si l’on dit à un élève : « Tu dois travailler pour poursuivre dans cette section » et en même temps « Mais si ça ne marche pas, tu pourras toujours passer dans une autre. » croyez-vous qu’il va se mettre à travailler ? Un des principaux inconvénients de la seconde indifférenciée actuelle est qu’un certain nombre d’élèves ne travaillent que les matières scientifiques, parce qu’ils veulent passer en S, et que ceux qui ont décidé qu’ils n’y iraient pas les négligent complètement, dès le second trimestre. Si on dit aux élèves et à leurs familles que leurs choix ne les engagent pas vraiment, on a une attitude absolument antipédagogique.
Le plus drôle, c’est que le sieur Descoings trouve qu’il n’y a pas assez d’éducation à la responsabilité. Voici ce qu’il écrit :
Pour un lycée qui favorise la responsabilisation des lycéens
Aujourd’hui : Une formation insuffisante à la prise de responsabilité
·Les textes portant sur les droits et devoirs des lycéens (créer son association, tenir une réunion, publier un journal, etc.) ont été écrits il y a presque 20 ans.
·La participation des lycéens à la vie de l’établissement n’est pas valorisée dans la scolarité.
Demain : Un apprentissage renforcé de la responsabilité
·Valoriser l’engagement et l’esprit d’initiative de chacun : monter et financer un projet, représenter ses pairs, s’associer aux prises de décision, etc.
·Accroître le rôle des instances représentatives des lycéens (C.V.L.).
Vous avez bien lu : la prise de responsabilité, c’est de s’investir dans des associations de toute sorte est de participer aux interminables bavardages d’instances inutiles. Que l’élève soit d’abord au lycée pour acquérir un savoir, cela ne compte guère. Que le devoir des éducateurs soit de voir en lui un futur adulte, c'est-à-dire un individu libre dans un pays libre, et, en tant que tel, responsable de son avenir, ne semble pas intéresser M. Descoings. Or, la véritable éducation à la responsabilité, c’est de faire sentir qu’on est responsable de toutes les conséquences prévisibles de ses actes, c’est de faire comprendre qu’une signature, une parole donnée engagent, et, en l’espèce, que quand on s’inscrit dans une section, on s’engage à faire de son mieux pour y réussir, et que si on ne le fait pas, on en subit les conséquences.
Le bon côté de l’échec scolaire, c’est justement cela : permettre au jeune de réaliser qu’il dépend de lui (et non de l’institution, de papa et maman ou de Sarkozy) de réussir ou d’échouer. En ce sens, un élève qui prend conscience qu’il redouble parce qu’il l’a mérité est certainement plus près de devenir un adulte que celui qui passe dans n’importe quelle section de la classe supérieure, sans aucune forme de travail, et même sans aucune forme de désir.
Je pourrais multiplier les citations de ce texte qui dégouline littéralement d’une éthique de conviction mollassonne, et très souvent contradictoire. Comme d’habitude, on veut de l’excellence, mais on ne veut pas d’élitisme ; comme d’habitude on a des affirmations si générales qu’on se demande ce qu’elles peuvent bien vouloir dire [2]. Comme d’habitude, on promet (sans y croire) de tout résoudre avec des heures de soutien et des sessions de rattrapage, ce qui est une concession au principe d’égalitarisme, sans cesse réaffirmé[3]. Mais cela ne compte guère. Du reste, si M. Descoings est manifestement un esprit faux, (ou un hypocrite), Sciences-po Paris est une excellente école. Ce qui prouve qu’il y a une différence entre les professions de foi et la pratique…
Donc, attendons de voir ce que M. Chatel nous proposera en pratique.
François Lehec
[1] Je pense en effet qu’il ne s’agit pas de réflexions de M. Chatel lui-même.
[2] Le paragraphe sur la culture est un modèle du genre.
[3] Principe qui n’a rien à faire à l’école, bien entendu, dont une des fonctions est de développer les inégalités et non de les réduire. Si on veut que la France ait encore des Prix Nobel, il faut continuer à donner plus à ceux qui ont déjà beaucoup, et non chercher à faire que 100% des Français aient un niveau DEUG en physique ou en biologie, ce qui est de toute façon impossible…
16:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bordeaux, lycée, réforme
14.10.2009
REFORME DU LYCEE : RETOUR AU BON SENS, MAIS NI RUPTURE, NI NOUVEAUTE
Communiqué de presse du SNALC-CSEN (FGAF)
Le SNALC-CSEN considère que les mesures annoncées ce jour par Nicolas Sarkozy, à propos du lycée, si elles traduisent un retour au bon sens, ne constituent ni une rupture ni une nouveauté par rapport à la politique scolaire depuis 1989
Si le SNALC-CSEN ne peut que se féliciter de la volonté de revaloriser la voie technologique, il s’interroge en revanche, sur l’absence de toute allusion à la voie professionnelle. Dans le même esprit, le SNALC-CSEN constate que la référence à l’augmentation des exigences en S a été gommée pour laisser place à la transformation de la seule filière L. Même si l’ouverture à l’international par le biais des langues vivantes et du droit, ne manque pas d’intérêt, le SNALC-CSEN fait remarquer qu’une vraie promotion des langues anciennes (latin et grec) pourrait utilement contribuer à refaire des études littéraires une voie d’excellence.
Concernant le dispositif « d’accompagnement personnalisé » le SNALC-CSEN craint que ces nouvelles mesures ne se mettent en place au détriment de l’aide individualisée ou des horaires disciplinaires.
Le SNALC-CSEN met sérieusement en doute, par ailleurs, l’idée qu’un simple dispositif ponctuel de remise à niveau puisse suffire à combler les lacunes accumulées par de nombreux élèves depuis des années voire depuis l’école primaire.
Le SNALC-CSEN constate qu’une fois de plus, l’orientation n’est abordée que par le biais de l’information et du projet personnel de l’élève sans référence au niveau de connaissance.
Le SNALC-CSEN rappelle pour finir que dans le cadre des suppressions de poste, seule une profonde réforme du 1er cycle du secondaire (de la 6ème à la 3ème) permettrait de résoudre le problème de l’arrivée massive en classe de 2de, d’élèves incapables d’y suivre les enseignements dispensés.
17:19 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : réforme, lycée
03.10.2009
Payer des élèves pour aller en cours.
Dérive démagogique : payer des élèves pour aller en cours.
http://www.snalc.fr/affiche_article.php?actu=1&id=274&id_rep=281
C’est la nouvelle idée contre l’absentéisme scolaire. Le donnant donnant : une cagnotte d’un montant de 10 000 € pour les classes aux élèves assidus.
Payer les élèves pour aller en cours ?
Peut-être faudrait-il au préalable leur rappeler ce que coûte en moyenne un élève par an à la nation... 7500 € !
Puis, pour les récalcitrants,
la suspension sine die des allocations familiales, prévue par les textes , mais jamais aplliquée !
18:49 Publié dans SYNDICATS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, élève, payer, démagogie